Tu fais quoi là, maintenant ?
Tu lis. Très bien.
Mais pourquoi tu lis ?
Pour apprendre ?
Pour progresser ?
Pour briller ?
Pour changer ta vie ?
Ou simplement… pour le plaisir pur de lire ?
Voilà la vraie question.
Pas "qu’est-ce que tu fais", mais "pourquoi tu le fais".
Et si tu pousses ce fil assez loin, tu tomberas sur une distinction essentielle :
Autotélie ou hétéronomie.
Intériorité ou validation.
Chemin ou résultat.
Autotélie – quand l’acte contient sa propre fin
Le mot vient du grec :
auto = soi-même
telos = fin, but
Une activité autotélique = une action qui porte sa propre justification.
Tu ne la fais pas pour obtenir quelque chose.
Tu la fais parce que la faire te rend vivant.
Pas besoin de spectateur.
Pas besoin de résultat.
Pas besoin de reconnaissance.
Tu joues.
Tu danses.
Tu écris.
Tu médites.
Tu crées.
Tu marches.
Tu vis.
La jouissance pure de l’acte
Quand tu fais une chose pour elle-même, tu entres dans un autre espace.
Un espace sans tension. Sans anxiété.
Un espace plein.
Pas de projection. Pas de comparaison. Pas d’attente.
Tu deviens présence incarnée.
Là, maintenant.
Uni à ce que tu fais.
Pas de filtre. Pas de séparation.
Pas de but à atteindre, donc rien à rater.
Tu veux savoir ce que c’est, l’autotélie ?
Repense à ces moments où tu oublies de te juger.
Tu ne cherches pas à bien faire. Tu fais.
Tu ne cherches pas à gagner. Tu joues.
Tu ne cherches pas à avancer. Tu es dedans.
C’est rare.
Mais c’est là que tu touches la vraie liberté.
Hétéronomie – la vie sous condition
L’inverse de l’autotélie, c’est la vie instrumentale.
Tu fais les choses pour obtenir quelque chose.
- Tu fais du sport pour avoir un corps.
- Tu écris pour être publié.
- Tu médites pour être plus productif.
- Tu crées pour être vu.
- Tu lis pour être meilleur.
- Tu parles pour être aimé.
Chaque acte devient un moyen vers une fin.
Et cette fin, souvent, n’est même pas la tienne.
C’est la société qui te l’a vendue.
Le marketing. Les attentes parentales. Ton surmoi.
Résultat ?
Tu fais. Beaucoup.
Mais tu n’es jamais là.
Tu es toujours dans l’après.
Et tu t’étonnes de te sentir vide.
Le flow : quand le temps se dissout
Mihaly Csikszentmihalyi a donné un nom à cet état :
le flow.
Un état où tu es pleinement absorbé.
Concentration extrême. Perte de la notion du temps. Fusion avec l’acte.
Tu n’agis plus. Tu es agi.
Tu ne contrôles plus. Tu danses.
Tu n’observes plus la vie. Tu l’habites.
Et le point clé, c’est ça :
Le flow surgit quand l’activité est autotélique.
Quand tu fais pour faire.
Pas pour avoir, pas pour devenir, pas pour prouver.
Une vie autotélique : le seul luxe réel
Dans un monde de bruit, de performance, de metrics,
une vie autotélique devient un acte de rébellion sacrée.
Refuser de vivre pour la validation.
Refuser de produire.
Refuser de faire les choses "pour quelque chose".
Juste vivre par cohérence intérieure.
Et ça, tu ne peux pas le simuler.
Soit tu es en lien avec ta joie brute, soit tu joues un rôle.
Et chaque fois que tu fais un acte sans utilité apparente,
juste parce que ça t’appelle…
Tu reprends un morceau de ton âme.
Dharma, telos, et la logique du cœur
Tu veux vivre une vie alignée ?
Oublie les objectifs.
Reconnecte-toi à ton Telos.
Ta fin intérieure.
Ton axe. Ton appel.
Ton Dharma.
Pas une mission sérieuse.
Pas un rôle à remplir.
Juste… ton jeu infini.
Ce que tu fais parce que le faire te fait vibrer.
Pas parce que ça te rend utile.
Pas parce que ça te rend riche.
Mais parce que ça t’ouvre.
Et là, sans effort, tu deviens puissant.
Pourquoi c’est si rare ?
Parce qu’on t’a dressé à vivre sous condition.
Depuis l’école, on t’a appris à :
- faire pour obtenir une note
- agir pour faire plaisir
- réussir pour être validé
- produire pour être reconnu
Tu n’as jamais appris à faire pour rien.
Juste pour le feu. Pour la joie. Pour la danse.
Résultat ?
Tu ne sais plus ce qui vient de toi.
Tu vis comme une machine de réponse.
Et il faut tout désapprendre.
Retrouver l’élan pur
L’autotélie ne se cherche pas.
Elle s’écoute.
Elle se ressent.
Elle te parle depuis toujours.
Mais tu l’as couvert de bruit.
Elle est là, dans :
- l’envie de jouer sans but
- les élans spontanés que tu réprimes
- les gestes simples qui te nourrissent
- les passions que tu as mises de côté "parce qu’elles ne servent à rien"
La vérité ?
Ce qui ne sert à rien… te sert à vivre.
La radicalité du non-besoin
Quand tu agis sans besoin, tu deviens inarrêtable.
Parce que :
- tu n’as rien à prouver
- tu n’attends pas qu’on t’aime
- tu ne mendies pas la reconnaissance
- tu n’as pas peur de rater
- tu n’as pas besoin que ça marche
Tu es dans le jeu pur.
Et c’est là que tu deviens dangereux – dans le bon sens.
Parce que tu ne dépends plus de rien.
Tu fais pour la beauté du faire.
Vivre comme un feu
Tu veux te réveiller ?
Demande-toi :
"Qu’est-ce que je ferais si je n’avais rien à gagner ?"
Et commence à le faire.
Un peu.
Tous les jours.
Joue. Écris. Crée. Cours. Médite. Parle. Aime.
Sans but. Sans stratégie. Sans attente.
Juste pour sentir que tu es vivant.
Et tu verras :
Le reste viendra par surcroît.
Conclusion – la voie secrète de la joie et de la curiosité
L’autotélie, ce n’est pas un luxe.
C’est la voie naturelle de l’être vivant.
Quand tu reviens là, tu reviens chez toi.
Tu n’as plus besoin de gagner.
Tu n’as plus besoin d’être quelqu’un.
Tu n’as plus besoin de justification.
Tu es.
Et ça suffit.
Tu fais pour faire.
Tu vis pour vivre.
Tu joues pour jouer.
Et dans cette simplicité radicale…
Tu redeviens entier.