Tu veux tout.
Tout explorer.
Tout comprendre.
Tout vivre.
Tout conquérir.
Tout maximiser.
Mais plus tu essayes de tout vivre, plus tu t’épuises.
Tu dilues ton énergie. Tu disperses ta conscience. Tu perds ton axe.
Et ce n’est pas la vie qui t’épuise.
Ce n’est pas le monde, ni les autres, ni ton agenda.
Ce qui t’épuise vraiment : cette anxiété désespérée de vouloir tout vivre, tout comprendre, tout optimiser.
Cette illusion qu’en étant plus efficace, plus organisé, plus discipliné, tu pourrais tout contenir, tout vivre, tout accomplir.
Thomas Merton l’avait vu juste :
"The chief source of this exhaustion is the selfish anxiety to get the most out of everything, to be a sparkling success in our own eyes and in the eyes of other men. We can only get rid of this anxiety by being content to miss something in almost everything we do. We cannot master everything, taste everything, understand everything, drain every experience to its last dregs. But if we have the courage to let almost everything else go, we will probably be able to retain the one thing necessary for us—whatever it may be. If we are too eager to have everything, we will almost certainly miss even the one thing we need."
Traduction :
"La principale source de cet épuisement, c’est l’anxieux égoïste d’obtenir le maximum de tout, de réussir brillamment à nos propres yeux et à ceux des autres. On ne peut se libérer de cette anxiété qu’en acceptant de manquer quelque chose dans presque tout ce qu’on fait. On ne peut pas tout maîtriser, tout explorer, tout comprendre, vivre chaque expérience jusqu’à la dernière goutte. Mais si on a le courage de laisser presque tout le reste, on pourra sans doute garder la seule chose essentielle pour nous – quoi que ce soit. Si on veut tout, on manquera presque sûrement même ce qu’on cherche vraiment."
La fatigue vient de ton exigence intérieure
Ce n’est pas l’action qui t’épuise. C’est l’avidité.
Tu veux rentabiliser chaque instant. Optimiser chaque opportunité. Justifier chaque choix.
Tu veux faire, mais aussi comprendre ce que tu fais, documenter ce que tu fais, communiquer ce que tu fais, valoriser ce que tu fais.
Résultat ? Tu n’es jamais vraiment là. Toujours un pas en arrière à observer, ou un pas en avant à planifier.
Jamais dans l’instant. Jamais entier.
Et cette posture t’écrase. Parce qu’elle crée une tension permanente entre ce que tu vis, ce que tu pourrais vivre, et ce que tu crois devoir vivre.
Le fantasme de la complétude
Tu veux croire qu’une vie réussie, c’est une vie complète.
Où tu as coché toutes les cases. Tout expérimenté. Tout compris.
Où tu es à la fois artiste, entrepreneur, amant, voyageur, père, penseur, sportif, mystique.
Mais ce fantasme t’empêche de devenir réel. Parce qu’à courir dans toutes les directions, tu n’en creuses aucune.
Tu restes en surface. Tu papillonne. Tu effleures tout. Et cette superficialité te vide. Parce que l’âme ne se nourrit que de profondeur.
Renoncer par puissance
On t’a fait croire que renoncer, c’est échouer. C’est abandonner. Mais il existe un renoncement qui vient de la clarté. Du centrage. Du choix.
Un renoncement souverain. Celui qui dit : "Je pourrais faire mille choses. Mais je choisis d’en faire une, intensément."
Pas parce que je suis limité. Mais parce que je veux devenir illimité là où ça compte.
Ce type de renoncement ne t’ampute pas. Il te libère. Il coupe ce qui encombre. Il t’élague. Il t’affûte.
Oser perdre pour gagner
Tu dois oser rater des opportunités. Tu dois oser être lent là où tout le monde veut aller vite. Tu dois oser te fermer à certaines expériences pour te rendre totalement disponible à d’autres.
Tu dois dire non, y compris à des choses belles, prometteuses, excitantes. Parce qu’elles ne te correspondent pas. Parce qu’elles te disperseraient. Parce qu’elles t’empêcheraient de te concentrer sur l’essentiel.
Et tu sais ce que tu gagnes ? Du calme. Du silence. De l’espace intérieur. Et une qualité de présence que personne ne peut acheter ou t’offrir.
Choisir, c’est incarner
Tant que tu ne choisis pas, tu restes une idée. Un potentiel. Un nuage. Un fantasme de vie.
Mais quand tu choisis, tu incarnes. Tu descends dans le réel. Tu deviens une force. Tu deviens un point fixe dans un monde liquide.
Et ça, c’est rare. Et ça, ça attire. Ça construit. Ça rayonne.
Parce que tu es devenu quelqu’un qui a renoncé à tout pour vivre une chose. Et cette chose, tu la vis avec une intensité qu’aucun touriste existentiel ne pourra jamais atteindre.
Vivre moins pour vivre plus
Ce n’est pas un paradoxe. C’est une vérité contre-intuitive.
Moins tu veux vivre de choses, plus tu vis intensément. Moins tu cherches à comprendre, plus tu deviens lucide. Moins tu veux plaire, plus tu inspires.
C’est le dépouillement qui fait la grandeur. C’est l’alignement qui fait la puissance. Et l’alignement ne naît que du tri.
Alors regarde ta vie. Et ose couper. Coupe les relations qui te dispersent. Coupe les projets qui ne te nourrissent pas. Coupe les obligations que tu portes sans y croire.
Tu ne pourras jamais tout vivre. Mais tu peux vivre pleinement ce qui t’appelle. Et ce seul choix peut faire basculer toute une vie.
Tu veux te sentir vivant ?
Arrête de courir après tout. Et commence à honorer l’essentiel.