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Tu es auteur/lecteur de ta propre vie

J'ai décidé d'utiliser ce blog/newsletter comme une interface entre le monde et mes idées. J'ai passé quelques années à chercher le bon angle pour lancer ce blog, puis encore quelques mois pour choisir son thème principal. D'ailleurs, si tu me lis depuis quelque temps, tu as sûrement remarqué que la page principale change souvent de nom. Je ne m'en cache pas : je ne sais pas toujours où je vais avec ce support de partage.

Ainsi, à partir d'aujourd'hui, je vais partager pêle-mêle des idées que j'explore et sur lesquelles je fais des recherches. Ce ne sera ni exhaustif ni parfaitement cohérent, mais j'espère que ce sera à minima utile pour les polymaths, visionnaires et autres chercheurs de Vérité.

Des Principes émergent et sous tendent toutes les idées à celui qui sait regarder.

Pour ceux qui m'ont suivi sur le podcast Perspective(s), c'était déjà ce que je faisais sous une autre forme.

Bref, entrons dans l'idée du jour.

Dimanche dernier, j'avais la chance d'accueillir mon ami Jean-François Noubel à manger (du coup, c'était un repas sans cruauté animale). Au détour d'une conversation qu'il serait trop long et hors de propos d'expliquer ici, il m'a dit : "Je ne donne pas souvent des conseils de lecture, mais tu DOIS (il n'a sûrement pas dit ça exactement, mais c'est l'idée) lire Les surdoués et les autres."*

Ce qui est marrant, c'est que je l'avais déjà lu. En octobre 2023. J'ai alors fait ce que je fais habituellement pour relire un livre : ne relire que les passages que j'avais surlignés lors de la lecture précédente. Cela me permet d'aller plus vite, mais aussi de voir ce que je pense aujourd'hui de ce qui m'avait marqué à l'époque.

Et voici un passage qui m'a marqué aujourd'hui et que je souhaite partager :

"Donner sens au temps qui passe, c’est pouvoir le mettre en récit. Quand on ne peut s’appuyer sur les récits collectifs, la seule possibilité d’entrer dans la pensée d’un temps long, qui ne soit pas juste celui d’une perte, simple course vers la mort, est de faire de son histoire singulière un conte initiatique. La mort doit y être contenue, non comme un élément parmi d’autres, mais le plus important de tous, et faire sens, comme le mot de la fin d’un conte. C’est à partir de ce point final, tel qu’il sera anticipé par l’auteur du conte, que s’en réinitialisera constamment la
lecture : détours, surprises, bonnes et mauvaises, victoires, échecs, rebondissements, défis, bifurcations, amèneront peu à peu le personnage à devenir le héros qu’il était appelé à être depuis le début. L’absence d’épreuves ne fait pas les bonnes histoires. Le bonheur, comme la vie, n’est pas indolore. Nous pouvons nous découvrir des endurances héroïques lorsque nous savons pourquoi (pour quoi) nous souffrons. Ce n’est pas la souffrance qu’il faut craindre, mais l’impossibilité de lui donner sens.

Le héros du conte en est aussi l’auteur dès qu’il ne se contente plus de traverser les évènements de sa vie aveuglément mais les contemple, les interroge, et tente d’y lire, en creux, le récit « dont il puisse se soutenir. Mais il fait un bien étrange auteur du conte initiatique dont il est le héros : il ignore vers quelles découvertes, quelles catastrophes, quels trésors, quels abîmes de souffrance il se dirige. Quelle vérité révélée de lui-même permettra au héros de réinitialiser, dans l’après-coup, la lecture de l’épopée dont il est aussi l’aède ? Le sens que nous trouvons à notre vie est toujours provisoire. C’est cet éternel retour de l’auteur-lecteur sur son récit qui en modifie à chaque fois la lecture, et chaque lecture en est aussi une écriture, toujours renouvelée.  « La véritable aventure de notre existence se joue plus dans ce mouvement de lecture-écriture instantanée que dans les faits qui ne sont rien par eux-mêmes.

Ainsi, les échecs, comme les victoires, ne seront pas forcément lus aux mêmes endroits selon les moments : « Heureusement que j’ai raté ce concours, sinon, je n’aurais jamais fait tel choix, et rencontré telle personne… » est une lecture a posteriori d’un évènement qui, à l’époque, avait certainement été vécu comme un douloureux échec. Ce dernier aura été intégré au récit et y jouera désormais le rôle d’évènement clef, un de ces accidents nécessaires à la « destinée du héros. Le livre de notre existence sera celui que nous aurons le plus lu et relu, et pourtant, jamais de la même manière.

Ce n’est qu’à la fin que l’identité du héros sera complètement révélée. On pourra relire à cette aune, dans les prémisses du conte, les signes prémonitoires de ce qu’il était censé devenir ou accomplir. Ainsi, le mot de la fin dévoile le sens des premières phrases du conte qui jouent le rôle de présage : le voilà désormais déchiffré. Ce fameux mot de la fin est ce qui fait accéder l’errance du héros au statut de destinée.

Mais cette « destinée » ne peut se connaître qu’a posteriori. « Ainsi que le dit un ancien proverbe grec rapporté par Aristote, ce n’est qu’au seuil de la mort que nous saurons si notre vie aura été « réussie ». Les difficultés que nous aurons si douloureusement traversées prendront-elles sens ? C’est dans cette ultime lecture que s’écrira une dernière fois, puisse-t-elle être la plus belle, le conte. Alors, nous saurons. Et peut-être, nous vivrons notre dernier instant dans toute sa beauté tragique, mais aussi comique, et nous trouverons comment chanter cet adieu à la terre : nous réussirons peut-être cette ultime épreuve de la vie. Savoir mourir est sans doute la plus grande et la plus belle « de toutes les ambitions. Ainsi, la mort est ce qui révèle à la fois l’absurdité de notre existence et la nécessité d’en travailler le sens. Elle est à la fois le mal et le remède. 

Lorsque le héros du conte ne parvient pas à faire lecture de celui-ci, quand il ne sait plus pourquoi il a tant souffert, ni tant désiré, encore moins pourquoi il va mourir un jour, et par conséquent, pour quoi il aura vécu, son bouclier se met à fondre comme neige au soleil. Méduse n’est pas la mort, mais la mort monstrueuse, celle qui n’a aucun sens et qui sidère, hors de toute mise en récit. Le souffle coupé, nous ne pouvons alors que contempler l’horreur, et nous sommes condamnés à la panique. Nous sommes comme Sisyphe, prisonniers de l’infini de notre angoisse : tant que nous ne pouvons intégrer la mort comme donnée à partir de laquelle tisser notre récit, nous sommes condamnés aux tourments d’un récit qui hoquète."
- Sandrine Gianola

En gros notre vie est un livre dont nous sommes l'auteur et le lecteur. Et de temps en temps, on relit les événements du passé en fonction des nouveaux chapitres que l'on écrit et on leur donne du sens à la lumière de ces chapitres. Et ainsi de suite. Et que la mort n'est pas la pire des choses, mais une mort sans sens oui. Et que nous sommes condamnés à recréer du sens perpétuellement.

Ce livre s'adresse clairement aux surdoués qui ont tendance à toujours remettre en cause le sens et ne pas se satisfaire de réponses toutes faites d'un récit collectif. Ca peut paraître vertigineux mais j'y vois aussi un espace de liberté et de responsabilité à la fois (paradoxe bonjour !) très élégant.

Steve Job l'avait dit de la façon suivante :
“You can't connect the dots looking forward; you can only connect them looking backwards. So you have to trust that the dots will somehow connect in your future.”

"On ne peut pas connecter les points en regardant devant, on peut seulement les connecter en regardant derrière. Alors il faut avoir confiance que les points vont d'une façon ou d'autre se connecter dans le future".

C'est un point de vue vert / jaune dans la spirale dynamique et je m'appuie sur ce genre de choses dans mes accompagnements.

Si le passage t'a parlé je te conseille de lire le livre que tu peux trouver ici sur amazon.